Oreilles et Queue : L'interdiction du coupage chez le Cane Corso en Europe

Faites une recherche rapide d'images de « Cane Corso » sur internet, et vous tomberez majoritairement sur des photos de molosses aux oreilles taillées en pointe et à la queue quasi inexistante. Cette silhouette de gladiateur sévère a longtemps été la marque de fabrique de la race. Pourtant, en Europe, cette esthétique appartient désormais au passé.

L'interdiction de la coupe des oreilles (otectomie) et de la queue (caudectomie) a profondément redessiné l'apparence du « Chien de cour italien ». Mais pourquoi coupait-on ces appendices à l'origine, et comment la législation a-t-elle fait évoluer le standard de la race ? Décryptage.

Cane Corso : exemple de morphologie visible dans les galeries encyclopédiques
Illustration : Cane Corso oreilles et queue coupées

1. L'origine d'une pratique : la fonction avant tout

Pour comprendre pourquoi on amputait les oreilles et la queue du Cane Corso, il faut se replonger dans l'histoire de ce travailleur acharné. Historiquement, le Cane Corso n'était pas un chien de canapé : c'était un chien de ferme, un bouvier, un chasseur de gros gibier (sangliers, ours) et, à l'époque romaine, un chien de guerre.

Dans ces fonctions rudes et dangereuses, les oreilles pendantes et la longue queue constituaient des « points faibles » majeurs. Un sanglier acculé, un loup ou un autre chien lors d'un combat pouvait facilement attraper ces appendices, causant des déchirures sanglantes et des infections graves. Pour protéger le chien au travail, la tradition voulait qu'on lui coupe les oreilles en forme de triangle équilatéral et qu'on écourte sa queue au niveau de la quatrième vertèbre.

2. Le tournant éthique : la législation européenne

Avec la modernisation de la société, le rôle du Cane Corso a évolué de chien de combat rustique à protecteur de la famille. La nécessité de lui amputer les oreilles et la queue a disparu, laissant place aux considérations éthiques sur le bien-être animal.

Le véritable tournant légal s'est opéré avec la Convention européenne pour la protection des animaux de compagnie, adoptée le 13 novembre 1987. L'Allemagne a été le premier pays européen à interdire l'otectomie. En France, la loi interdisant la coupe des oreilles est entrée en vigueur le 1er mai 2004. Progressivement, la majorité des pays d'Europe (dont le Royaume-Uni ou l'Italie) ont rendu ces pratiques totalement illégales.

Aujourd'hui, certains propriétaires peu scrupuleux contournent encore la loi en important des chiots déjà coupés de pays d'Europe de l'Est (comme la Bulgarie) où la pratique perdure ou est moins contrôlée, bien que cela soit fermement dénoncé.

3. L'adaptation du standard officiel (FCI)

Face à ces nouvelles lois, la Fédération Cynologique Internationale (FCI) et les clubs de race ont dû s'adapter pour promouvoir le Cane Corso « naturel ».

Aujourd'hui, le standard officiel de la FCI (n° 343) est très strict et a été modifié pour refléter ces lois. Depuis le 1er janvier 2016, le standard exige explicitement de garder la queue naturelle. Celle-ci est décrite comme grosse à la racine et portée haut en action, sans jamais être à la verticale ni enroulée sur le dos. Les oreilles, quant à elles, sont désormais officiellement décrites comme « non coupées », triangulaires, de taille moyenne et pendantes. Le club de race (l'AFCC en France) mène d'ailleurs un vrai travail pédagogique pour imposer et faire aimer cette apparence naturelle en exposition.

4. La seule exception : les raisons médicales

Il est important de dissiper un mythe : il n'existe plus aucune dérogation esthétique en Europe. Le seul cas de figure où vous pourriez croiser un Cane Corso né récemment avec les oreilles coupées relève de la stricte urgence vétérinaire.

Par exemple, si un chien souffre d'otites chroniques graves et répétées à l'intérieur de l'oreille tombante, un vétérinaire peut décider de procéder à une otectomie pour ouvrir le conduit auditif et laisser l'air circuler. C'est une intervention purement curative.

5. Le clivage Europe / États-Unis

Si l'Europe a opté pour le 100 % naturel, ce n'est pas le cas outre-Atlantique. Aux États-Unis, le standard de l'American Kennel Club (AKC) accepte toujours et préfère même les oreilles coupées (en triangle équilatéral) ainsi que la queue écourtée. Les éleveurs américains défendent souvent cette pratique au nom de la préservation historique de la fonction et de l'apparence originelle de la race. C'est ce clivage continental qui explique pourquoi la majorité des photos virales de Cane Corso montrent encore des animaux modifiés.

Conclusion

Le Cane Corso avec ses oreilles pendantes et sa queue entière n'est pas moins impressionnant, bien au contraire. Cette morphologie naturelle adoucit légèrement son expression, reflétant mieux son statut moderne de « géant au cœur tendre » dévoué à sa famille. Accepter le Cane Corso dans son intégrité physique, c'est embrasser son évolution et respecter sa nature profonde.

Pour aller plus loin sur le standard européen : tailles et poids FCI, la tête molossoïde et le museau carré et les ratios.